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Le président de la République a souhaité que se tienne un « Grenelle de
l'insertion ». Une initiative d'ampleur nationale,
lancée fin novembre, que le Haut Commissaire aux solidarités actives
contre la pauvreté a été chargé de mener
jusqu'à son terme prévu au
printemps prochain. Les acteurs de l'insertion sont ainsi invités à se mettre
tous autour d'une table pour échanger, confronter, inventer, trouver des consensus nouveaux. Avec pour
objectif de réduire d'un tiers la pauvreté d'ici à 2012.
L'intention est louable.
Mais on sait que le « i » du RMI - revenu minimum d'insertion - est bien
ce qui pose problème depuis sa création. Ce dispositif, conçu à l'origine pour éviter la grande pauvreté, s'est en effet progressivement dénaturé. On en est même venu à s'en méfier.
Pourtant, il voulait s'inscrire dans une démarche de solidarité active. N'allait-on pas, grâce à lui, donner
un revenu minimum à ceux qui n'avaient rien ? Dans le même temps, un contrat d'insertion devait être proposé à ceux qui ne
trouvaient plus leur place clans cette
société. Autour de ce dispositif, de véritables innovations économiques et
sociales ont vu le jour au fil des ans, à
l'initiative de nombreux acteurs de terrain qui ont fait la preuve de leur
inventivité sociale. Mais tout cela n'a pas suffi pour que le RMI obtienne le succès attendu. Il
s'est progressivement
englué dans une gestion bureaucratique qui a étouffé ce qui
pouvait faire une grande partie de son utilité :
à savoir que la société, qui avait su exclure, allait aussi
savoir se mobiliser et s'engager pour permettre l'intégration
sociale et professionnelle des bénéficiaires du dispositif à travers de nombreuses offres d'insertion. Ce rendez-vous a
malheureusement été manqué. Les offres
ont peiné à être à la hauteur
et les contrats d'insertion sont devenus des coquilles de plus en plus vides,
faisant petit à petit perdre
le sens même de la relation contractuelle.
Plusieurs raisons
expliquent cette tombée en désuétude du contrat
d'insertion. Parmi elles, j'en retiendrai particulièrement une
qui me semble avoir été un des principaux pièges auquel s'est heurté le dispositif : le marquage social des bénéficiaires et leur stigmatisation. Au lieu
d'être le signe d'une véritable promotion sociale, le RMI est devenu l'ingrédient
principal d'une dévalorisation des personnes. Même si le revenu minimum amenait une aide
financière conséquente, l'insertion est vite devenue synonyme de honte sociale, d'une
forme moderne
de mise au ban de la société. A travers la désignation de « Rmiste » se profilait ainsi tout un groupe social regardé avec méfiance. Le
public « Rmiste »
était celui
qui avait échoué. On
retrouvait trace de ces échecs dans les parcours de vie des bénéficiaires. Et de fil en aiguille, ces
personnes devenaient les seules responsables de leurs insuccès. On est
alors tombé dans le
travers du contrôle social de
cette population. Sur fond de hantise des fraudeurs, l'important était de savoir si telle ou telle personne
méritait bien son allocation. On a ainsi vu des départements
faire ouvertement la chasse aux « mauvais Rmistes ». Avec pour
effet d'installer dans l'opinion un soupçon supplémentaire vis-à-vis de
l'ensemble des personnes concernées. Ce sentiment était tellement présent lors de la dernière élection présidentielle que l'unique souci d'une grande partie des candidats a été de rassurer
l'électoral sur
leur volonté de continuer la chasse aux fraudeurs : faux chômeurs, faux
Rmistes, faux assistés profitant - selon eux - indûment du système.
Aujourd'hui, avec le « Grenelle de l'insertion », nous pouvons entrer dans une nouvelle ère. Ses lignes de force : un affichage politique de réduction d'un
tiers de la pauvreté en France et une expérimentation sociale avec des appels à projet en vue de favoriser la mise en
synergie des moyens. Les intentions sont plus que bonnes car le recul de la pauvreté signifierait
une augmentation du bien-être social des plus défavorisés. Mais il va falloir être vigilant sur le comment et sur les moyens qui seront dédiés à cet objectif
social. Pas question, en effet, de ne s'intéresser qu'aux personnes pauvres les plus compétentes au
regard des exigences de ce futur marché de l'insertion. Le revenu de solidarité active doit prendre en compte tous les
pauvres, y compris ceux vis-à-vis desquels on ne sait plus depuis longtemps que faire et comment faire.
En outre, il est évident que cette ambitieuse politique publique doit être dotée des moyens
nécessaires
sans lesquels elle ne restera qu'un vœu pieux. Enfin, faire reculer la pauvreté est un
objectif prioritaire qui doit s'imposer à toutes les administrations d'Etat comme à toutes les collectivités locales. Il
ne faut plus qu'elles considèrent les personnes pauvres comme des charges supplémentaires
mais comme les détentrices de richesses et de potentialités qu'il s'agit, individuellement et
collectivement, de mobiliser et d'accompagner.
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