L'édito du Président

Un besoin toujours grandissant
d'une formation professionnelle de qualité
pour tous les acteurs du champ
de l'intervention sociale et médico-sociale


février  2011

 


Dans quelques semaines, après avis du conseil supérieur du travail social, nous connaîtrons les orientations nationales pour les formations sociales. Ces orientations nationales déclineront analyses, prospectives et propositions.
De leur côté, les conseils régionaux finaliseront les schémas régionaux des formations sociales dans le cadre d’un contrat de plan régional des formations professionnelles qui sera arrêté conjointement par le conseil régional, l’Etat et le Rectorat. Cette démarche constitue une grande nouveauté. La loi sur ces contrats régionaux de formation professionnelle positionne les centres de formation comme des « contributeurs ». A nous de savoir si, dans chaque région, nous souhaiterons nous organiser pour que de simples contributeurs nous fassions valoir politiquement nos points de vue et analyse. Il y a là pour demain un grand enjeu.

Que ce soit au niveau de l’Etat, à travers les orientations nationales, ou au niveau de chaque région, priorité sera donnée à l’aspect qualitatif de toutes les formations aux métiers sociaux. Insister sur la qualité de ces formations n’est pas une mince affaire. A cela, deux raisons au moins qu’il faut rappeler dans un moment où les paysages administratifs et ceux des réglementations se recomposent et évoluent.

La première est que ce sont surtout les professionnels du travail social et de l’action sociale qui appliquent les politiques publiques décidées par l’Etat ou par les collectivités locales.
Ces différentes politiques (personnes âgées, protection de l’enfance, prise en charge des personnes victimes de handicaps, situation liée à la montée de la pauvreté et de la précarité, difficulté d’insertion sociale et professionnelle d’un nombre important de jeunes, immigration….) exigent des professionnels bien formés pour réaliser leurs objectifs.

Et dans une société où domine une insécurité vécue par beaucoup et en particulier par les populations les plus vulnérables, la qualité des interventions sociales est primordiale pour redonner tout son sens à la valeur de chaque personne humaine, quelle que soit l’importance de ses difficultés. Pour cela, les professionnels du travail social ont aujourd’hui autant besoin d’adosser leur pratiques sur de l’éthique et de la déontologie que sur de l’apprentissage de techniques relevant des sciences sociales ou des sciences humaines. La qualité des formations sociales s’inscrira aussi dans cette dimension éthique qui n’apparaît pas de prime abord dans les programmes de formation, mais qui doit être présente dans les projets pédagogiques des différents centres de formation, pour donner l’étoffe et la dimension nécessaires à des métiers qui vont intervenir avant tout sur de l’humain et de l’humain en situation de souffrance physique, mentale, sociale.

Nous pouvons affirmer que toute politique publique en matière d’action sociale ne pourra prendre tout son sens et son efficacité que si elle est précédée et accompagnée par un souci de tous les moments de la valeur et de la dignité de toute personne ou de tout groupe qui en est le destinataire ou le bénéficiaire. De la même manière, la qualité des formations sociales passera par ce principe fondateur de toute action sociale auprès de populations vulnérables et démunies. La première compétence à acquérir et à développer pour tout futur travailleur social est bien celle qui va lui permettre de développer une attitude humaine et une approche humaniste envers toute personne en situation de difficulté sociale. Cela ne s’apprend pas uniquement dans les livres, mais cela s’expérimente et se vit dans le quotidien des situations. Le temps de la formation est bien celui de l’expérience de l’autre en souffrance et de son accompagnement par les professionnels du travail social dans des parcours de vie souvent chaotiques et rendus difficiles.

La seconde raison qui plaide pour une grande qualité des formations dans les métiers du travail et de l’intervention sociale tient au risque de voir ces professions dériver vers une instrumentalisation, non pas au service des politiques publiques (ce pour quoi ces métiers sont faits), mais au service d’une mode sociale et économique dominante qui impose à tous les métiers de l’action sociale un cadre économique et réglementaire se situant souvent à l’opposé de ce principe premier qui est la valeur de la personne et de sa dignité. Le travail social, de par son éthique et sa déontologie, doit être le paravent face aux grandes bourrasques qui pourraient mettre à mal tout ce qui a été capitalisé dans la longue expérience de l’action sociale depuis de nombreuses décennies auprès des personnes les plus vulnérables de notre société. C’est cette capitalisation de savoir-faire professionnels qui font aujourd’hui les métiers du travail social. La qualité des formations s’inscrit de plein pied dans ces acquis qui ont fait les différents métiers.

Que ce soit du côté des professionnels du travail social, des structures qui les emploient, ou du côté des centres de formations sociales, il y a une veille sérieuse à établir pour que ne dérive pas de manière inquiétante cette qualité des formations initiales ou continues qui font et feront les professionnels de demain.


Christian CHASSÉRIAUD,
Président de l'AFORTS