Edito

n°120 - juillet 2008

Les incidences des nouvelles technologies 

sur le rapport aux métiers du social

 

 

Deux petits textes d'appel à propositions pour ce numéro ont permis la parution du numéro 120 avec une grande diversité d'articles. Tous ne pourront être publiés dans ce numéro, ils paraîtront dans de prochains numéros. Voici ces textes en guise d'introduction à la question des incidences des nouvelles technologies sur l'exercice des métiers du social.

Si l'on se réfère à l'étymologie, la technique est ce qui est propre à un art et la technologie est un traité des arts ! Que les métiers du social relèvent d'un art qui leur serait propre est sans doute une opinion assez partagé mais n'assiste-t-on pas actuellement avec les NTIC, " nouvelles technologies de l'informatique et de la communication ", à la disparition d'un " art " de la relation sociale et éducative ? N'assiste-t-on pas à l'émergence d'un art " technologique " qui appartiendrait à tous, mais surtout devrait être utilisé par tous ? L'introduction de ces nouvelles technologies n'est sans doute pas sans conséquences sur les métiers de l'intervention sociale, sur leur exercice. Ce numéro de forum se propose de développer ce questionnement autour de quelques pistes :

• Les modes nouveaux de communication comme la téléphonie mobile, Internet, système de vidéo conférence, n'introduisent-ils pas de nouvelles façons de travailler :
- Une accélération du système de traitement problème-réponse, et une exigence d'adaptation, de réaction dans une temporalité limitée ?
- Ceux-ci favorisent-ils le travail en partenariat, en réseau ?
- En quoi ces moyens rapides de communication influencent-ils la manière de travailler avec les usagers ?

• L'informatique a-t-elle une influence sur notre manière de penser l'intervention sociale, de la mettre en oeuvre ?
- La possible connexion de fichiers pose des questions, tant éthiques que déontologiques de la protection de la vie privée, de l'opacité de l'être humain (ce qui en fait un sujet), bref de la personne qui ne se réduit pas à un système de besoin à satisfaire ni de problème à résoudre.
- L'informatique ne favorise-t-elle pas une action plus centrée sur les résultats (quantifiables et facilement mémorisables) que sur les processus et la temporalité ?
- La création et l'introduction de logiciels de recueils de données concernant l'accompagnement des usagers ne favorisent-elles pas en revanche une continuité de la prise en charge, de la connaissance des problématiques de la personne ?
- L'apparition dans les démarches et les programmes de formation de ces nouvelles technologies, modifie-t-elle la perception de notre travail en ce qui concerne la question de l'écriture et du rapport à cette dernière ? Le nombre important de demande en formation continue d'apports en ce qui concerne l'écrit nous semble significatif du difficile rapport à l'écrit, témoin du travail complexe qu'est l'élaboration
mentale. S'agit-il de traiter de l'information ou de penser son intervention afin d'y trouver sens ?

Ces incidences sont sans doute aussi à saisir du côté des bénéficiaires de nos interventions, de l'expression de leurs attentes à l'appréciation d'un résultat. Les nouvelles technologies ne conduisent-elles pas, si l'on n'y prend garde, à une vision scientiste de l'intervention sociale ? Peut-on être malheureux sans être malade, se demandait récemment un psychiatre dans le journal Le Monde.

Patrick Dubéchot, Sociologue - démographe, responsable du Centre de recherche et d'études en action sociale (C.R.E.A.S.) à l’ETSUP de Paris

François Guérenne, Cadre pédagogique, Responsable du DEIS, Chercheur à l’ITSRA de Clermont-Ferrand