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Après la crise
financière qui a profondément marqué notre économie et nos esprits, nous sommes
face aujourd’hui aux retombées sociales : suppression d’emplois dans de
nombreuses petites et grandes entreprises, précarisation d’une importante
partie des salariés, insertion
professionnelle des jeunes de plus en plus difficile… Cette crise de
l’emploi s’accompagne d’effets importants sur un ensemble de questions
sociales : augmentation mais surtout creusement de la pauvreté,
intolérance dans l’accueil des immigrés, dégradation lente de nos quartiers
périphériques, violences multiples, exclusion sociale des marginaux, tensions
insupportables dans nos prisons plus que surpeuplées.
Le bilan des deux
années du nouveau Président de la République est
un bilan triste qui
s’accompagne d’un mécontentement et d’une peur
générale. La crédibilité de la
fonction politique est atteinte gravement et l’impression
dominante est bien
celle d’un colmatage permanent, mais non suffisant, d’un
grand paquebot qui
prend l’eau de toute part. Les citoyens doutent de plus en plus
de la capacité
de nos élus à relever les défis autour des grandes
questions sociales et
économiques. La campagne pour les élections
européennes mobilise peu les
citoyens, alors que l’Europe s’enfonce dans des
difficultés liées aux retombées
de la crise financière sur les économies des pays membres.
L’action même de
l’Etat devient de plus en plus floue. En matière de décisions publiques,
l’opposition permanente Etat/collectivités territoriales témoigne d’une
fracture profonde dans la gestion de l’unité nationale et du modèle
républicain. Plusieurs puissances publiques s’opposent les unes aux autres sur
des questions de compétences dont les enjeux sont pourtant essentiels au
devenir de notre pays. On sent de nombreux flottements dans les interventions
publiques qui relèvent plus de l’impuissance publique que d’un projet élaboré
et cohérent.
Prenons l’exemple
de l’annonce du « plan jeunes » par le Président de la République.
Personne ne nie depuis des années le malaise d’une jeunesse qui erre dans nos
universités et qui « rouille » au pied de nos immeubles de banlieues,
une jeunesse qui a mal à son avenir. Tout le monde est d’accord pour faire
quelque chose, pour rechercher des réponses qui vont au-delà d’annonces dont
les effets sont à court terme. Le Président de la République a indiqué les
mesures que lui et son gouvernement allaient prendre en direction des jeunes de
moins de 25 ans : développement de l’apprentissage, des contrats de
professionnalisation, rémunération des stages dès la fin du deuxième mois, etc.
Mais rien en ce qui concerne les moyens mis à la disposition d’une telle
politique nationale. Ce plan jeunes a été concocté en catimini : ni les
conseils régionaux compétents en matière de formation professionnelle, ni
les branches professionnelles des différents secteurs d’activités n’ont été
associés en amont à la réflexion autour de ce plan. Plus grave encore, une
partie des administrations centrales de l’Etat a appris par la presse les
mesures de ce plan jeunes, alors qu’elles sont directement concernées à travers
les responsabilités qu’elles ont sur la question.
Prenons un
exemple, celui de la gratification des stages à partir de la fin du deuxième
mois pour les jeunes de moins de 25 ans. Si cette décision est bonne, car
répondant à la précarité montante des stagiaires, on souhaiterait connaître où
sont les moyens financiers qui vont permettre son application. Dans toutes les
formations sociales, les stages représentent une partie importante de la
formation des futurs travailleurs sociaux. Depuis l’application de la directive
européenne de l’année dernière pour la gratification de tous les stages
supérieurs à 3 mois, on a vu les difficultés pour sa mise en place dues au
manque de moyens financiers non prévus
pour gratifier. L’annonce présidentielle ramène les trois mois de stage à deux,
ce qui signifie que tous les stages vont être concernés par cette
gratification. Mais tout cela avec quels moyens mis à disposition ? Lorsque
l’on sait que tous les stages se réalisent en quasi-totalité dans des
structures publiques ou privées financées par des fonds publics, on devine les
impasses vers lesquelles nous nous acheminons : pas de crédits prévus dans
les budgets des établissements et des services, donc moins de stages pour
accueillir des stagiaires gratifiés. Si rien n’est fait rapidement pour
résoudre cette question, c’est bien tout le dispositif de formation des
travailleurs sociaux qui risque de s’enrayer. Les effets en seront l’arrêt des
formations pour de nombreux stagiaires, ce qui signifie leur renvoi dans la
case « chômage des primo demandeurs d’emploi ».
Face à de telles
situations, l’effet de surprise est donc grand et rien ne permet aujourd’hui de
le limiter. De telles annonces non préparées conduisent inévitablement dans des
impasses qui vont dans le sens opposé à la réussite d’un plan jeunes pourtant
devenu indispensable. Il existe donc bien un véritable problème de gouvernance
de la chose publique dans un moment où les crises se généralisent et où les
horizons s’assombrissent. L’agitation présidentielle et gouvernementale est
loin d’être un mode de gouvernement crédible et capable de produire les fruits
escomptés.
Il est temps et il est urgent de reconstruire une société bâtie sur des
principes de justice sociale, de partage équitable, et de permettre à tous de
pouvoir se projeter au-delà de la seule perspective liée à la « montée des
incertitudes » (titre du dernier ouvrage de Robert CASTEL).
Il n’est pas
possible d’assister plus longtemps à cette lente dégradation qui est aussi
synonyme d’une poursuite annoncée d’une casse humaine intolérable. Le modèle
capitaliste a montré ses limites tant du point de vue économique que social. Il
est venu le temps d’inventer un autre modèle de société où la primauté de
l’humain dans toutes ses dimensions sera restaurée.
Un réseau comme
celui de l’AFORTS, qui prépare à des métiers de l’humain, ne peut s’inscrire
que dans une telle perspective fondée sur des valeurs où le « vivre
ensemble » prévaut sur toutes les démarches qui développent et consolident
les démarches individualistes.
Christian CHASSÉRIAUD, Président de l'AFORTS
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